HYGIÈNE


HYGIÈNE
HYGIÈNE

L’hygiène est classiquement la science qui enseigne les mesures propres à conserver la santé, et elle a été pratiquée par tous les peuples, qu’il s’agisse des civilisations primitives ou encore des civilisations dites modernes; pourtant, il y a une différence très marquée entre l’hygiène antique et l’hygiène actuelle, par suite d’une métamorphose que l’on peut mettre en évidence en retraçant l’histoire de cette discipline depuis ses origines.

Il apparaît alors que son développement a toujours été étroitement lié aux transformations des structures sociales. Le bouleversement des croyances religieuses ou des idées philosophiques, les mutations politiques ont eu une grande part dans la naissance de l’hygiène moderne, dont les tendances reflètent actuellement la prise de conscience, par le corps social, de la solidarité de ses membres: souci de coopération, de prévoyance, de planification et de prospective sous l’égide de l’État.

L’essor des sciences exactes et des sciences biologiques s’est malheureusement produit avec un décalage de près d’un siècle. Il en est résulté que, si l’hygiéniste moderne dispose de moyens matériels et technologiques accrus, en revanche il doit lutter contre la menace que la percée technologique fantastique, qui s’est opérée depuis le milieu du XXe siècle, fait peser sur les équilibres biologiques et, par là, sur la santé physique et mentale de l’humanité. Élargies aux dimensions de la planète et même aux dimensions extraplanétaires, les tâches des hygiénistes et leurs responsabilités n’ont jamais été aussi vastes.

Au cœur d’un véritable carrefour, où la médecine, la biologie et les sciences humaines ont leur place, les hygiénistes doivent garder présent à l’esprit l’exemple d’un des leurs, Charles Nicolle, prix Nobel en 1928, qui a montré «que les maladies ne sont pas éternelles, qu’elles vivent, qu’elles se transforment et disparaissent»; il en est de même du milieu qui nous entoure.

Il faut tenir compte de cette évolution constante, et les hygiénistes doivent avoir, comme Charles Nicolle, la ténacité, le pouvoir d’adaptation et l’énergie nécessaire pour rendre plus vivante que jamais cette pensée de Léon Bernard: «L’hygiène n’est pas une science contemplative, c’est une science d’action.»

1. Les prémices de l’hygiène

L’Antiquité

L’hygiène se manifeste sous une forme implicite plusieurs siècles avant l’ère chrétienne. Ainsi Moïse, législateur d’Israël, inclut déjà des directives de santé dans les Tables de la Loi; de même Lycurgue, dans le code de «rhêtres» ou sentences dont il dota Sparte, édicta un certain nombre de règles de vie individuelle fort strictes.

La Grèce antique avait pleine conscience des problèmes posés par la conservation de la forme physique et sacrifiait d’ailleurs à une déesse nommée Hygie, qui était la déesse de la Santé; celle-ci n’était au début qu’une abstraction personnifiée et, pendant très longtemps, elle n’a été qu’une qualité appliquée à d’autres divinités, mais vers 500 av. J.-C., elle devint une déesse distincte toujours associée à d’autres dieux guérisseurs et tout particulièrement à Asclepios, son père; son culte était particulièrement célébré sur les pentes sud de l’Acropole, en Attique. Hippocrate, l’homme qui a maîtrisé toutes les connaissances médicales de son temps et sans doute celui qui les a le mieux mises en pratique, apporta à l’hygiène ses premières bases scientifiques. Ses écrits, intitulés De l’ancienne médecine , Des lieux dans l’homme. De la nature de l’homme et de la femme , Des épidémies , Du régime salutaire , sont le fruit non seulement de disciplines philosophiques, mais aussi d’une somme d’observations et d’expériences directes. Il comprend la réalité épidémique des maladies infectieuses, mais il lui manque trop de renseignements sur l’élément essentiel: l’agent infectieux; il en résulte que, dans l’œuvre d’Hippocrate, l’épidémie est essentiellement une collection d’observations individuelles. Si Hippocrate ne semble pas étudier le cheminement des épidémies, il s’intéresse cependant aux vents et surtout à ce qu’il appelle la «constitution», c’est-à-dire le rapport qui existe entre «les constitutions amosphériques et les maladies régnantes». Son Des airs , des eaux et des lieux constitue un remarquable traité d’hydroclimatologie appliquée à la médecine et à l’hygiène: «Celui qui veut approfondir la médecine doit faire ce qui suit; il considérera d’abord les saisons de l’année et l’influence respective que chacune d’elles exerce [...] Il est nécessaire aussi de connaître les qualités des eaux, qui diffèrent par la saveur et par le poids, et aussi par leurs propriétés. Donc lorsque le médecin arrive dans une ville de lui inconnue [...] il acquerra des notions très précises sur la nature des eaux dont les habitants font usage, si elles sont ou lacustres et molles, ou dures et sortant de lieux élevés et rocailleux, ou crues et saumâtres [...] Il reconnaîtra le genre de vie des habitants amis du vin, de la bonne chère et du repos, ou laborieux, adonnés aux exercices du corps, mangeant beaucoup et buvant peu.» Au temps d’Hippocrate se trouve définie, sur des bases scientifiques, l’hygiène individuelle, et commence implicitement l’hygiène publique et l’hygiène des populations.

Avec la civilisation romaine débute l’implantation de l’hygiène du milieu: les Romains, en effet, construisent des aqueducs permettant d’amener l’eau pure jusqu’aux agglomérations, installent des égouts permettant aux villes, jusqu’alors fort sales, de s’assainir, créent et installent des «thermes», qui sont encore bien souvent conservés. L’hygiène du milieu et l’hygiène publique commencent à s’intégrer dans l’urbanisme; la civilisation raffinée qui s’instaure, et où le culte de la beauté est pratiqué, conduit au perfectionnement de l’hygiène individuelle et de l’hygiène publique: les exercices d’athlétisme sont prônés, et il est de bon ton de les appliquer. Ainsi, au cours de toute cette période, l’hygiène relève d’idées religieuses ou politiques, elles-mêmes reliées à l’idée du perfectionnement. Mais la disparition de l’Empire romain entraînera l’effondrement de l’hygiène publique en même temps que se dégradaient les mœurs, et l’on a coutume de dire qu’il fallut attendre près de mille ans pour redécouvrir un embryon d’hygiène, limité d’ailleurs à une série de recettes populaires, dont le Code de la santé de Salerne est un exemple.

L’Islam médiéval

Alors qu’en Europe s’installaient le marasme et la décadence, la civilisation islamique apportait à l’hygiène d’importantes contributions, trop souvent méconnues. Ce sont les savants musulmans du Moyen Âge qui ont remis en honneur le savoir grec et qui, par leurs travaux, comptent parmi les précurseurs de la science moderne. Ils ont médité sur la condition humaine, replaçant l’homme dans la société dont il est partie intégrante, et par là même posé les premiers jalons qui allaient conduire à la médecine sociale, telle qu’elle est envisagée aujourd’hui. L’un d’entre eux, ネunayn ibn Is ム ャ, directeur de la «maison de la Sagesse» du calife Ma’m n, s’intéressa particulèrement à la médecine (on lui doit entre autres le plus ancien traité d’ophtalmologie) et s’entoura d’une élite de médecins: R z 稜 fut un de ces savants orientaux d’extrême renommée; d’origine persane comme beaucoup de médecins islamiques de cette époque, il consacra une grande partie de son œuvre à l’étude de l’hygiène et de l’épidémiologie; R z 稜 a, pour la première fois, fait la distinction entre la variole et les autres fièvres éruptives, et c’est lui qui insista le premier sur le rôle de l’hygiène alimentaire: il préconisa en particulier une prophylaxie des «indispositions légères» qui pourrait paraître fort moderne. Il avait, sans les connaître, soupçonné la présence des microbes, et il appliqua des principes d’hygiène très en avance sur son temps: à son époque les maladies décimaient une grande partie de la population qui, vivant constamment sous la menace d’épidémies, s’y accoutumait. Et pourtant, n’est-il pas extraordinaire qu’au milieu de ce monde qui se soumettait à la contagion, R z 稜 eût acquis une extrême intuition de l’hygiène publique comme le prouve l’exemple suivant: lorsqu’il dut choisir à Bagdad le lieu d’implantation d’un nouvel hôpital, il se rendit dans divers quartiers de la ville où il suspendit deci delà des quartiers de viande qu’il vint examiner périodiquement; il détermina le lieu d’implantation de l’hôpital en sélectionnant le quartier où la viande pourrissait le plus lentement! Le traité écrit par cet auteur influença toute la médecine européenne.

Un autre médecin islamique, Ibn S 稜n (Avicenne), écrivit une véritable encyclopédie en cinq volumes appelée Canon de médecine ; dans le premier tome, il traite de l’hygiène et de ce qu’on appellerait aujourd’hui la médecine préventive; la cure d’eau et de soleil ainsi que le régime hygiénique alimentaire des enfants et des vieillards y sont développés. Le quatrième livre de cette encyclopédie, consacré aux diverses fièvres, à la lèpre, aux maladies de la peau, etc., fait ressortir la curieuse prescience de ce savant, et prouve que la médecine arabe a apporté une réelle contribution à la notion d’hygiène: il ne s’agissait pas de divagations ni de vagues considérations théoriques, mais de notions scientifiques affirmées et qui furent appliquées au XIIe siècle; on trouvait au Caire, par exemple, des hôpitaux comportant des salles individualisées pour les maladies des yeux, pour les fiévreux, pour les maladies des femmes, pour les cures de diète, etc., et tout cela semble être l’application rigoureuse des conseils contenus dans le Canon d’Ibn S 稜n . Son apport à l’épidémiologie des maladies infectieuses n’est pas douteux et la preuve en est donnée par les cinq chapitres qu’il a écrits sur les maladies de l’appareil respiratoire: il semble bien qu’il ait pressenti la contagiosité de la tuberculose.

Bien d’autres médecins de l’Islam se penchèrent sur l’hygiène; peut-être faudrait-il aussi signaler le nom de Mosheh ben Maymon (Moïse Maimonide), médecin de la cour de Saladin au XIIe siècle, qui composa un traité d’hygiène appelé Tractatus de regimine sanitatis : ce traité renferme de très nombreux conseils pratiques qui concernent la vie quotidienne, la diététique, l’hygiène du vêtement, l’hygiène corporelle et, d’une manière générale, l’hygiène individuelle. Mosheh ben Maymon explique pourquoi l’homme doit prendre huit heures de sommeil par vingt-quatre heures; il exprime la nécessité de l’exercice physique et développe le rapport étroit existant entre le physique et le psychique, se montrant un précurseur de l’hygiène mentale. Son traité constitue un ouvrage de base permettant de mieux comprendre l’hygiène classique telle qu’elle est parvenue de l’école judéo-arabe de Cordoue. Quoi qu’il en soit, il faut reconnaître qu’à cette époque, si la médecine islamique et l’hygiène dans ces pays faisaient quelques progrès, de redoutables épidémies sévissaient toujours, tant en Europe qu’en Islam, et personne n’essayait de les juguler par des mesures d’ensemble cohérentes: les pouvoirs publics prenaient simplement des décisions de fuite devant ces fléaux ou encore déclenchaient des actions parfaitement inhumaines.

De la Renaissance au XVIIIe siècle

En Europe, au XVIe siècle, la publication en 1546 de l’œuvre de Girolamo Fracastore jeta les bases d’un système qui se révéla très fécond. En effet, dans son livre De la contagion et des maladies contagieuses , Fracastore parla, pour la première fois, de l’existence d’un contagium vivum qui serait l’élément causal de la maladie infectieuse, qu’il s’agisse de la peste, de la syphilis, de la tuberculose ou du typhus; la maladie, d’après lui, était transmise à l’aide de ce qu’il appelait les seminaria , qui appartiennent à la nature vivante et que nous connaissons maintenant sous le nom de microbes. Il est remarquable que l’auteur aborde même la notion moderne d’«affinité biologique» dans l’infection, parle des porteurs de maladies et explique ce qu’est la contagion directe, indirecte et à distance. Fracastore ne pouvait fonder sur des notions scientifiques, qu’il n’avait pas encore, tout ce qu’il avançait, mais il se révéla par la suite que ses idées contenaient le ferment de l’hygiène moderne.

Il en fut de même pour un médecin italien, Bernardini Ramazzini, qui, dans son Traité des maladies des artisans (1713), développa de façon systématique la notion de maladie professionnelle; l’on remarque en particulier son apport personnel d’hygiéniste éclairé: il étudia en effet les maladies professionnelles de plus de soixante catégories de travailleurs (mineurs, doreurs, chimistes, peintres, potiers, etc.), et pour chacune d’elles il en analyse les causes; il cherche à montrer les relations existant entre l’affection et le milieu dans lequel vivent les travailleurs, et il établit les premiers jalons de la prophylaxie de ces maladies professionnelles; l’immense retentissement que l’ouvrage de Ramazzini connut dans toute l’Europe prouve qu’il a été le véritable père de l’hygiène professionnelle et le fondaeur de la médecine du travail.

Au XVIIIe siècle, les cliniciens établirent les bases du diagnostic différentiel des maladies contagieuses, permettant ainsi de les individualiser: les épidémies s’en trouvèrent mieux étudiées, et une prévention collective embryonnaire vit le jour.

C’est à cette époque également que de grandes découvertes en physique, telle celle du physicien Volta, en physiologie, telle celle de Haller, ou encore en chimie, telle celle de Lavoisier, permirent à l’hygiène de s’appuyer sur des bases scientifiques solides. Un certain nombre de ces savants furent d’ailleurs des hygiénistes avisés; ainsi Lavoisier se pencha sur l’hygiène du travail, l’hygiène hospitalière, l’hygiène du milieu, en étudiant en particulier la viciation de l’atmosphère des locaux. Lavoisier comme beaucoup de ses contemporains a été marqué par la sentimentalité qui a caractérisé le XVIIIe siècle. Il y eut, en effet, un changement d’attitude de l’homme vis-à-vis de son semblable, et on assista aux prémices de l’hygiène sociale, qui se manifestèrent par un intérêt certain pour les problèmes de l’enfance: les hospices d’enfants trouvés furent créés, des éducateurs apparurent qui stigmatisèrent les maîtres cruels ou ignorants et prônèrent les vertus de la vie familiale. L’hygiène sociale était avant tout basée sur la «bonté du cœur» comme l’appelait le romancier anglais Henry Fielding, ou encore les «bienfaisances» selon le mot de l’abbé de Saint-Pierre. C’est à cette époque également que le fondateur du mouvement «utilitariste», Jeremy Bentham, s’efforça avec acharnement de faire voter en Angleterre par le Parlement, des lois sur l’hygiène publique, essayant par là même d’obtenir des réformes sociales; c’est l’époque où Londres voit s’élever des résidences fastueuses pour les marchands enrichis et les aristocrates, l’époque où il règne pourtant dans cette ville la plus grande malpropreté, d’où une contagion endémique sous un ciel empuanti par un brouillard épais largement contaminé par les fumées de charbon. La pollution atmosphérique ne fut qu’un mal parmi beaucoup d’autres en un temps où, dans cette grande ville, la variole, à elle seule, tue un habitant sur treize; en 1740, à Londres, on compte plus de morts que de naissances. La découverte par Edward Jenner en 1796 de la vaccination antivariolique marque le début de la médecine préventive scientifique: la variole, l’un des plus grands ennemis de l’homme à cette époque, allait régresser, et cette victoire marqua le début de l’ère des vaccinations. L’œuvre en six volumes de Johan Peter Franck, dont le premier ouvrage parut en 1779, cristallisa la volonté des hygiénistes d’intéresser les pouvoirs publics à leur action: Franck, qui avait occupé plusieurs chaires dans des universités européennes, en Prusse, en Italie, en Autriche, publia un travail intitulé System einer vollständigen medizinischen Polizei (Système de politique médicale globale , 1789), où il démontra que le progrès de l’hygiène et de la prospérité physique individuelle est lié à l’intervention de l’État. Une année plus tard, en 1790, il jetait les bases de l’assistance sociale dans un travail en français intitulé La misère du peuple est la mère des maladies. Les travaux de Franck et sa conception de la santé publique eurent un grand retentissement. En France, trois chaires d’hygiène furent créées en 1794 à Paris, Montpellier et Strasbourg. En Écosse, à Édimbourg, la première chaire de santé publique fut attribuée, en 1795, à Andrew Duncan: celui-ci définissait la santé publique comme l’application des connaissances des différentes branches du savoir médical à la promotion, la préservation et la restauration de la santé en général. Certains États italiens suivirent également cet exemple et créèrent des institutions de lutte contre la tuberculose.

Le XIXe siècle: premières réalisations d’envergure

Au XIXe siècle fut mis sur pied, pour la première fois, un important programme de véritable santé publique. Les épidémies sévissaient toujours et entraînaient une forte mortalité et, pour lutter contre elles, la quarantaine et l’incinération de tout ce que le malade avait pu toucher constituaient les principaux recours. En Angleterre, où l’industrie se développait rapidement, les «hygiénistes», comme on commençait à les appeler, entreprirent, dès le début du siècle, d’étudier les maladies professionnelles et les conditions de vie des travailleurs. C’est en 1802 qu’apparut la première loi sur la protection des jeunes apprentis, mais ce n’était encore qu’un timide essai. Un des plus célèbres hygiénistes de l’époque, un avocat du nom d’Elwin Chadwick, étudia les conditions de vie de la population ouvrière et publia en 1842 un ouvrage portant sur «l’environnement sanitaire des populations ouvrières de Grande-Bretagne». Cet ouvrage eut une grande renommée; une large propagande en faveur de l’hygiène déferla rapidement bien au-delà des populations ouvrières anglaises et gagna toute l’Europe. En 1848, l’épidémie de choléra qui sévissait à Londres entraîna un net succès pour les hygiénistes: cette année-là, en effet, fut créé en Grande-Bretagne un ministère de la Santé publique. On commençait à entrevoir que l’hygiène individuelle était insuffisante à elle seule pour juguler les grandes épidémies et qu’il fallait pratiquer une hygiène collective, urbaine ou rurale, en un mot une hygiène publique. Les hygiénistes de Londres s’attaquèrent les premiers à ce qu’ils appelaient la «saleté», en s’efforçant de la faire disparaître avec les moyens dont ils disposaient; c’est ainsi qu’ils commencèrent par doter leur ville de réseaux d’alimentation en eau potable et de réseaux de tout-à-l’égout ; bien d’autres villes suivirent l’exemple de Londres, telles que Berlin, Munich, New York et Paris. C’est également à cette époque que les hygiénistes anglais s’attaquèrent aux taudis. Le développement industriel avait provoqué un exode des travailleurs des campagnes vers les villes, qui se surpeuplèrent; les grands centres industriels de France, de Belgique, d’Allemagne, d’Autriche, d’Italie du Nord, de Russie et d’Angleterre virent leur population augmenter dans des proportions très importantes sans aucune planification: en 1851, la population de Londres représentait le dixième de celle de l’Angleterre et du pays de Galles; un Français sur vingt-cinq habitait à Paris et un Allemand sur vingt à Berlin. Il n’est pas étonnant que des familles entières, ou même plusieurs familles, aient dû se contenter d’un logement sommaire, sans confort, quelquefois même d’une pièce unique. De plus les nouveaux logements ouvriers étaient souvent construits avec incompétence, avec les matériaux les plus grossiers, et s’avéraient totalement impropres à l’habitation: c’est ce qui ressortait du rapport d’une commission royale anglaise à la fin du XVIIIe siècle. Young, savant anglais, devait dire beaucoup plus tard: «Il est difficile de mesurer l’horreur du monde dans lequel, il y a cent ans, des milliers de familles ne voyaient le jour que pour peiner jusqu’au terme d’une effroyable existence, d’imaginer l’eau qu’elles buvaient, brunie par les excréments, leurs cadavres laissés quinze jours sans sépulture et se décomposant en plein Londres au soleil du mois d’août, leurs membres morts grouillants de vers, les impasses où ne poussaient pas même les mauvaises herbes et les dortoirs sordides nageant dans des ruisseaux d’immondices.» La lutte contre les taudis, qui commença à cette période et qui dure encore de nos jours, a été, et reste toujours, une lutte très difficile, car elle doit s’accompagner d’une éducation sanitaire. La tuberculose au XIXe siècle était pratiquement endémique dans les grandes villes, ainsi que de très nombreuses maladies de carence, sans parler de grandes épidémies de typhoïde, de choléra ou de typhus; il était possible de lutter partiellement contre ces épidémies en essayant d’améliorer le logement, mais il était très difficile d’informer, d’éduquer les ouvriers plongés dans la misère. Comment les empêcher, par exemple, d’user de cette pratique qui consistait à donner aux bébés des drogues opiacées dans le but de se procurer un peu de calme dans ces taudis surpeuplés? Il fut difficile d’empêcher les jeunes enfants, livrés à eux-mêmes, de préférer à leurs affreux foyers, la rue où ils se trouvaient rapidement confrontés avec le vice et la corruption. L’hygiène publique va de pair avec le progrès social et avec la diminution de la misère: au début du XIXe siècle, la moyenne de vie d’un enfant d’ouvrier, dans les centres industriels anglais, se situait aux alentours de dix-sept ans, alors que celle des enfants riches vivant dans les quartiers résidentiels de ces mêmes villes était de trente-huit ans.

Un rapport établi par un inspecteur général des prisons belges a montré qu’en 1885 le montant total des salaires annuels d’une famille de travailleurs comprenant le père, la mère et les deux enfants était inférieur à ce que coûtait la nourriture et l’habillement d’un seul détenu! Quelques industriels vers le milieu du XIXe siècle, conquis par les récents progrès de l’hygiène publique et de l’hygiène industrielle, s’efforcèrent de mettre en pratique les conseils que donnaient les hygiénistes: en Angleterre, sir Titus Salt, par exemple, décentralisa son usine et fit construire pour ses ouvriers un village qui comprenait huit cents maisons avec cuisine, salon, chambre pour parents, chambre pour enfants et une cour. Il fit doter également son village d’une école, d’une église et d’un grand parc. Un autre industriel préoccupé par les mêmes problèmes, Robert Owen, qui possédait des filatures de coton à New Lanark en Écosse, fit promouvoir des mesures d’hygiène industrielle en faveur des enfants travaillant dans ses établissements, en allégeant les horaires, en réglementant l’emploi en fonction de l’âge de l’ouvrier, en leur faisant donner un enseignement; ses idées ont beaucoup aidé à la mise en place des lois anglaises sur la protection des travailleurs. Owen chercha en outre à favoriser le progrès social en créant en Amérique, dans l’Indiana, une communauté coopérative autonome groupée au sein d’un village, New Harmony, expérience qui ne fut d’ailleurs pas couronnée de succès, car Owen était trop en avance sur son temps.

En France, la lutte contre les logements insalubres fut instituée par la loi du 22 avril 1850. Cette loi était l’aboutissement de nombreux efforts en faveur de l’hygiène publique, qui avaient conduit à la création, en 1802, du Conseil de salubrité de Paris, puis du Conseil supérieur de santé rattaché au ministère de l’Intérieur et qui se transforma, en août 1848, en Comité consultatif d’hygiène publique en France; il prit ensuite la dénomination de Conseil supérieur d’hygiène publique de France, rattaché au ministère de la Santé publique.

La Grande Exposition, qui ouvrit ses portes à Londres le 1er mai 1851 au palais de Cristal, était consacrée au progrès de la technologie au cours de la première moitié du XIXe siècle. Les faveurs du public allaient surtout vers les locomotives et les machines à vapeur; celles-ci transformaient aussi la navigation: les antiques navires en bois et à voile faisaient place aux bateaux en fer fonctionnant avec l’énergie de la vapeur. Bien entendu, tout cela s’accompagnait d’un accroissement de la vitesse et du tonnage des marchandises transportées, mais aussi d’un accroissement considérable des échanges humains: entre Liverpool et New York, un service hebdomadaire de paquebots permettait la traversée transatlantique en douze ou treize jours. Le voyage Édimbourg-Londres, qui auparavant se faisait en quarante-quatre heures par diligence, devenait possible en douze heures de chemin de fer et, au moment de l’Exposition, la Grande-Bretagne, par exemple, comptait près de dix mille kilomètres de voies ferrées, alors que la France en avait à peine trois mille. Tout cela facilitait les échanges et les déplacements de la population, mais entraînait une augmentation du danger de contamination et, si 1851 fut l’année de la grande exposition du XIXe siècle, elle fut aussi l’année où l’hygiène devint une science internationale: à la demande du gouvernement français, une première conférence sanitaire internationale comprenant les représentants de douze pays essaya de codifier les meilleures mesures de lutte contre certaines épidémies de l’époque, c’est-à-dire le choléra, la peste, la fièvre jaune; mais ces diplomates ne parvinrent pas à un accord sur des mesures sanitaires communes. Cette conférence fut un échec, d’abord parce qu’aucun État ne voulut aliéner sa souveraineté nationale, et ensuite parce que les connaissances scientifiques étaient fort insuffisantes pour permettre d’établir une réglementation valable et incontestable. Plus tard, des réunions se tinrent dans diverses villes européennes, où l’on reparlait de l’internationalisation de l’hygiène et de l’intérêt d’uniformiser les mesures de protection; tout cela aboutit en 1892 à la première convention sanitaire qui engageait la responsabilité des États: elle concernait les navires passant par le canal de Suez et avait pour but la lutte contre les épidémies de choléra. L’année suivante, la conférence de Dresde institua, entre autres, la notification du choléra entre les États et ouvrit la voie à la XIe conférence de Paris au début du XXe siècle; celle-ci a permis la création d’un organisme central appelé Office international d’hygiène publique, qui aboutit plus tard à l’Organisation d’hygiène de la Société des Nations et, enfin, en 1948, à l’Organisation mondiale de la sante (O.M.S.).

Jusqu’au milieu du siècle, les hygiénistes employaient des méthodes tout aussi empiriques que celles utilisées en technologie; ils savaient qu’il fallait lutter contre la saleté et ils s’apercevaient que la lutte contre l’infection ne pouvait se résoudre par la seule hygiène individuelle: il devenait évident que l’hygiène collective était liée au progrès social; malheureusement, ils ne disposaient pas de moyens suffisants et de notions scientifiques assez précises pour étayer leurs thèses. Les travaux de Louis Pasteur montrant l’existence des microbes – ces organismes vivants, infiniment petits, qui jouent certes parfois un rôle utile mais plus souvent un rôle fort nuisible – transformèrent complètement le contexte des maladies infectieuses: tout d’abord, les microbes furent isolés, et il fut mis au point des vaccins permettant d’immuniser contre certaines maladies; d’autre part, la notion de contagion prenait corps et Joseph Lister, chirurgien anglais, découvrit l’antisepsie. Des mesures conjointes d’assainissement, d’immunisation et de lutte anti-infectieuse permirent d’abaisser régulièrement le taux de mortalité: en 1911, on observait dix fois moins de cas mortels de typhoïde qu’en 1871. Les gouvernements comprirent également que la santé des individus influait beaucoup sur l’économie d’un pays et apparut ainsi un début d’hygiène sociale coordonnée à l’échelon de l’État. En Europe, l’Allemagne la première se préoccupa à la fin du XIXe siècle de réformes sociales et Bismark essaya de montrer aux classes ouvrières que l’État avait l’autorité nécessaire pour protéger la santé publique: pour cela, il fit voter par le Parlement, en 1883, une loi sur les assurances maladie; ces réformes permirent à l’Allemagne d’être pourvue, dès le début du XXe siècle, d’une législation sociale. L’hygiène de l’habitation fut également protégée en Allemagne par un certain nombre de textes de loi qui fixaient, par exemple, le nombre minimal de fenêtres exigibles dans les usines, leur emplacement, le nombre de cabinets d’aisance nécessaires en fonction de la taille de l’usine, etc. Partout dans le monde, on se mit à étudier les causes sociales des maladies et les moyens collectifs à mettre en œuvre pour les juguler.

La tuberculose, que l’on appelait au XVIIIe siècle la «peste blanche» et qui faisait des ravages considérables, suscita, dès 1887 en Angleterre, la création d’un premier dispensaire, bientôt suivi, l’année suivante, d’un essai de lutte à l’échelon national. En Allemagne, les sanatoriums populaires furent à l’ordre du jour dès 1895. En France, le démarrage et le développement de la lutte antituberculeuse furent plus lents, et l’on doit à Albert Calmette la création du premier dispensaire antituberculeux, en 1903. Partout dans le monde, la lutte contre l’extension de la tuberculose et la propagation des maladies vénériennes s’organisait. Dès la fin du XIXe siècle, de grands précurseurs, tels Hergott à Nancy ou P. Budin à Paris, s’attachèrent à la protection de l’enfance en instituant des consultations de nourrissons et développèrent la lutte contre la mortalité infantile. Jacques Joseph Grancher, en créant l’œuvre de placement des enfants à la campagne en 1900, et Alfred Fournier, qui donna un vigoureux essor au dispensaire antivénérien à la veille de la Première Guerre mondiale, sont à la base de l’hygiène sociale du XXe siècle, qui se développa beaucoup surtout à partir de 1918.

L’hygiène sociale perdit son caractère primitivement étroit pour s’engager dans une lutte active contre les maladies sociales, c’est-à-dire celles qui atteignent plus particulièrement les classes pauvres (telles que la tuberculose, l’alcoolisme, le rhumatisme chronique, les maladies professionnelles), celles qui atteignent les individus quel que soit leur rang (telles que les maladies du sang ou les cancers), celles qui atteignent plus particulièrement les classes aisées (telles l’athérosclérose ou l’hypertension artérielle). Autrement dit, «l’hygiène sociale s’étend à toutes les affections soumises à l’influence du milieu social», et cette définition de R. Sand tient en elle-même l’explication de l’extension croissante de l’hygiène sociale au cours du XXe siècle. Elle montre aussi que, plus que jamais, la santé des individus se trouve placée sous la dépendance de l’économie nationale et de l’éducation sociale: on comprend dès lors que l’hygiène sociale ait cherché à connaître les causes de morbidité, les causes de mortalité pour chaque groupe social; c’est ainsi qu’en Grande-Bretagne, le gouvernement reçoit un rapport décennal sur la mortalité de chaque groupe social. Tout cela a conduit à l’aménagement d’une politique sociale, concrétisée par des systèmes de prévoyance contre les accidents, les maladies, la vieillesse, ainsi que des lois sur la protection familiale (allocations familiales par exemple). Des organismes d’hygiène sociale se sont créés dans toute la France, mais la coordination entre eux n’est pas encore parfaite. Il faut reconnaître aussi que cette discipline qui ne concerne plus seulement les hygiénistes au sens défini au XVIIIe siècle, mais également tous ceux qui participent activement à la vie publique, se trouve de ce fait mal définie; il faut envisager, cependant, que l’hygiène sociale doit reposer essentiellement sur un substratum scientifique solide, représenté par les travaux des techniciens médico-sociaux dont les deux principaux sont le médecin de médecine préventive et l’assistante sociale.

Il est nécessaire que l’hygiène sociale ne sombre pas dans de vaines théories philosophiques, car l’intervention maladroite et dénuée de sens pratique d’une équipe médico-sociale peut être particulièrement néfaste pour l’individu et la collectivité; en réalité, l’hygiène sociale doit rechercher essentiellement les moyens de permettre à l’homme de conserver sa santé physique et morale dans un milieu où ses facultés d’adaptation ne seront pas dépassées. À l’heure actuelle, l’hygiène sociale ne se contente plus de combattre les maladies sociales, elle cherche à développer chez l’homme la plénitude de sa santé.

2. L’hygiène moderne

Équipements et législations

À notre époque, dans les pays d’Europe, on tend vers la protection sociale de toutes les populations. En France, le régime de sécurité sociale qui découle de la réforme de 1945 assure, entre autres, par son action sanitaire et sociale, l’équipement et le fonctionnement d’innombrables services d’hygiène sociale et de médecine préventive. Depuis 1978, théoriquement, toutes les personnes actives sont assimilées au régime de sécurité sociale; pratiquement, plusieurs milliers de personnes ne bénéficient d’aucune couverture sociale. Ce régime très louable est d’assurer à chaque membre de la collectivité et en toutes circonstances une existence décente.

Dans les années quatre-vingt, la situation sanitaire est très variable selon les pays. À l’échelon mondial, ce sont sans conteste les problèmes concernant la prévention de la santé dans les pays en voie de développement qui sont les plus préoccupants. Ils ne sont pas seulement d’ordre médical, mais font intervenir des facteurs économiques, culturels, sociologiques, géographiques, intimement intriqués et qui exigent un abord global du problème. Il ne faut pas sous-estimer pour autant la tâche des hygiénistes dans les pays industrialisés; après avoir connu, au début du XIXe siècle, une situation voisine de celle des pays actellement sous-développés, quoique dans un contexte fort différent, ils se heurtent à des problèmes nouveaux, dus à la civilisation, nécessitant de leur part une perpétuelle évolution parallèlement aux progrès constatés chaque jour dans tous les domaines. Les points communs entre tous les pays en voie de développement restent malheureusement la pauvreté, la misère et la faim: les conditions de l’homme ne s’améliorent que très inégalement, et le fossé s’agrandit entre les ressources dont il peut disposer et celles que nécessite un constant accroissement démographique. De nombreux pays, ainsi que des organismes internationaux ont pris conscience de ces problèmes et apportent une aide constante à tous les États en voie de développement qui en font la demande. Une institution spécialisée des Nations unies siège à Genève: l’O.M.S., qui a pour but d’amener tous les peuples au niveau de santé le plus élevé possible. Il faut citer aussi le Fonds international de secours à l’enfance (UNICEF) et le Centre international pour l’enfance. L’aide multilatérale, c’est-à-dire répartie par des organismes internationaux, et l’aide bilatérale, c’est-à-dire dans le cadre d’accords directs entre États, permettent une assistance technique et des investissements importants, mais qu’il faut effectuer avec discernement: on doit parfois lutter contre l’indifférence de certaines populations, certaines coutumes et croyances locales, et surtout ne pas rompre brutalement un équilibre social millénaire.

Dans le domaine des maladies infectieuses et parasitaires, les progrès des sciences médicales permettent de lutter à l’échelon mondial contre les affections qui exerçaient (et qui, dans certains pays, exercent toujours), d’importants ravages. Dans les pays en voie de développement, le personnel et l’équipement sanitaire sont restreints et on doit aborder la lutte à un niveau supranational, mais les progrès de la chimie et de la technologie apportent une aide considérable: ainsi la mise au point d’insecticides, d’abord le D.D.T. puis d’autres produits toujours plus actifs, qui peuvent être diffusés par avion, a permis une lutte efficace et sur une grande échelle contre des insectes vecteurs de maladies. On a constaté que ces campagnes relativement peu onéreuses avaient malheureusement des inconvénients, tels que l’apparition d’une résistance chez les insectes, l’accumulation et la non-dégradation des insecticides dans les sols traités, la modification du milieu naturel et les graves désordres écologiques qui en découlent et qui sont rarement favorables [cf. PALUDISME].

La mise au point de nombreux vaccins a permis une prophylaxie collective: des millions de personnes sont vaccinées presque simultanément, afin d’établir un barrage, constitué par les sujets immunisés, entre l’agent pathogène et les sujets réceptifs. Cette prophylaxie de masse est amplement facilitée par la mise au point de vaccins polyvalents, tels ceux qui associent le vaccin antimorbilleux (la rougeole reste une cause importante de mortalité infantile en milieu rural africain) au vaccin antirubéolique ou au vaccin contre la fièvre jaune; ils permettent, dans un même temps, de créer une immunité contre plusieurs maladies.

La pratique des vaccinations est facilitée, d’autre part, par des améliorations techniques: l’injecteur transcutané sous pression sans aiguille en est un exemple, supprimant ainsi le désagrément psychologique et physique causé par l’usage de seringues et d’aiguilles. Il est également possible de choisir parmi les nombreuses associations vaccinales et les vaccins, vivants ou tués, existant contre une même affection, ceux qui s’adapteront le mieux aux conditions sanitaires régionales. Enfin, des mesures de surveillance ont été établies afin de protéger les pays contre les épidémies mondiales que provoquaient autrefois la peste, le choléra, la fièvre jaune, la variole, le typhus exanthématique et la fièvre récurrente. Cette réglementation consiste, entre autres, en l’application systématique de mesures d’isolement, de désinsectisation, de désinfection, de dératisation, selon la provenance des sujets, et en la pratique des vaccinations obligatoires pour les voyageurs se rendant dans certains pays. D’autres affections ont retenu tout particulièrement l’attention des hygiénistes: il faut citer le paludisme, la maladie du sommeil, la bilharziose, le trachome, le pian, la syphilis, les diarrhées; les progrès médicaux et chimiques permettent de réaliser à l’heure actuelle une prévention efficace de ces affections débilitantes.

Si de nombreuses maladies infectieuses ont pratiquement disparu dans les pays industrialisés, cela est dû à la pratique des vaccinations activement soutenue par l’O.M.S., qui a obtenu l’éradication de la variole en 1980. La surveillance sanitaire aux frontières s’avère efficace contre les grandes épidémies mondiales, malgré l’accroissement et la rapidité des moyens de communication actuels. L’effort socio-médical contre la tuberculose et les maladies vénériennes a porté ses fruits, et doit être poursuivi sous une forme particulière vis-à-vis des jeunes pour lutter contre le sida.

La valeur de la protection maternelle et infantile traduit fidèlement les progrès des différents pays dans le domaine sanitaire et dans les régions en voie de développement, où les enfants de moins de quatorze ans représentent la moitié de la population – l’espérance de vie moyenne y est, dans certains pays d’Afrique, de quarante-cinq ans. Les hygiénistes doivent prévenir les causes exogènes (maladies infectieuses, malnutrition) et endogènes (malformations, maladies héréditaires) s’ils veulent réduire efficacement la mortalité infantile. Un équipement social important, supporté par une législation adaptée, a été mis en place.

Prospective

Toutes ces mesures tendent à favoriser un accroissement démographique qui pose en lui-même des problèmes énormes, faisant discuter l’usage de la contraception et de la régulation des naissances, solutions qui se heurtent encore à des préjugés moraux et religieux. La prévention qui s’exerce dans le domaine sanitaire a certes des conséquences heureuses sur la longévité, que personne ne contestera; mais il faut alors résoudre les besoins alimentaires et proposer des solutions adaptées aux difficultés économiques et sociales, inhérentes à l’accroissement démographique: de 560 à 1 200 millions d’individus (selon certains auteurs) vivant dans le monde souffrent de malnutrition et la diffusion des principes de base de l’hygiène alimentaire reste un souci constant. L’éducation dans ce domaine a un rôle essentiel et elle doit être associée à une meilleure distribution des ressources alimentaires, aux progrès des techniques et de l’agriculture afin de juguler le fléau de la faim [cf. ALIMENTATION].

L’implantation de la civilisation industrielle dans les pays en voie de développement ne fait que modifier les données du problème et les maux dont souffre la population. Une partie de la population mondiale bénéficie d’une situation privilégiée. Malgré ces efforts consentis dans le domaine de la santé publique, on n’a pas atteint cet «état de complet bien-être physique, mental et social» auquel aspirait l’Organisation mondiale de la santé: on meurt de plus en plus du sida, dont la prévention auprès des jeunes s’impose dans tous les pays.

L’accroissement des maladies mentales, reconnu par tous, est un fait indéniable particulièrement dans les pays industrialisés. Il se fait ressentir aussi dans les pays en voie de développement, où l’industrialisation brutale crée une foule d’inadaptés; la délinquance juvénile, qui traduit l’état de santé mentale d’une population, est en constante augmentation. Les psychoses, les névroses, les conduites suicidaires se rencontrent de plus en plus couramment, de même que les toxicomanies et l’utilisation des substances tranquillisantes. La protection de la santé mentale (« aptitude parfaite à nouer des relations harmonieuses avec ses semblables»), bien développée sur le plan curatif, nécessite un grand effort dans le domaine préventif; il faut multiplier les organismes de dépistage, mais c’est principalement une action éducative d’hygiène mentale collective qui permettra de réduire ces manifestations pathologiques. Les maladies cardio-vasculaires et le cancer sont à l’heure actuelle les deux grandes causes de mortalité des pays bénéficiant de la civilisation industrielle; l’étiologie ou les étiologies de ces affections sont connues: la sédentarité, le tabac, l’alcool, les erreurs alimentaires et l’environnement y jouent certainement un rôle non négligeable. C’est dans ce domaine que l’hygiéniste intervient, et aussi dans le cadre d’une lutte coordonnée et d’un dépistage précoce (cf. MÉDECINE - Médecine préventive).

Un des grands problèmes des pays industrialisés consiste également en la prévention de la pollution des principaux éléments que sont l’air, l’eau, le sol et les aliments. Cette pollution chimique (détergents, insecticides), radioactive ou physique (matériaux imputrescibles: matière plastique, contenants métalliques), se manifeste quotidiennement et universellement. La pollution des nappes d’eau profondes, si elle persiste, conduira à une carence en eau dont les conséquences néfastes sont prévisibles, alors qu’il n’est pas toujours possible de mettre à la disposition de tous, en permanence, des quantités d’eau suffisantes. La pollution de l’atmosphère d’origine chimique ou microbienne est la conséquence directe de l’accroissement industriel et du développement des agglomérations urbaines. Ses causes en sont bien connues: produits de dégradation des industries chimiques, foyers domestiques, circulation automobile. Il faut que tous ceux qui sont intéressés par ces problèmes prennent conscience des problèmes de santé publique et «investissent» afin de limiter l’élimination des produits toxiques. La réalisation de plans d’urbanisme judicieux, où l’hygiéniste doit intervenir, permet bien souvent d’entourer les zones dangereuses d’espaces verts, dont le rôle bénéfique contre la pollution chimique et bactérienne de l’air et contre le bruit est bien connu.

La contamination des aliments par des substances chimiques radioactives ou bactériennes nécessite une surveillance constante, afin d’assurer une protection sanitaire des aliments. L’évacuation et le traitement des déchets de toutes natures, humains ou industriels, doivent être codifiés et les règles élémentaires d’hygiène appliquées.

D’autres nuisances se rencontrent, hélas, dans les cités modernes: le bruit par exemple, quelle que soit son origine – circulation automobile, industries ou habitants –, et il y a urgence à le réduire; une telle réduction diminuerait sensiblement la fatigue et la tension psychique, améliorant le repos, évitant aux individus d’être soumis à des «stress» quotidiens. L’entassement, le surpeuplement sont aussi générateurs d’insalubrité, et il existe des taudis neufs aussi malsains que les îlots insalubres ou «bidonvilles» qui persistent, créant ainsi des foyers où la situation sanitaire reste inquiétante.

L’hôpital est une petite ville dans la ville où l’on rencontre tous les problèmes de santé publique que l’on vient d’évoquer, mais en raison de la présence de grands malades parfois contagieux, un problème nouveau s’y greffe, celui de la surinfection hospitalière ou hospitalisme. Il résulte de la présence de foyers d’infection dans les structures mêmes des bâtiments que contaminent les malades, les visiteurs et même certaines modalités de l’installation du bâtiment. L’hygiène hospitalière, s’intéresse à ces problèmes. Elle ne cesse de se développer et le 19 septembre 1972 le Conseil de l’Europe a adopté une Résolution (72) 31 dans laquelle il invite les gouvernements des États membres à tenir compte dans leur réglementation nationale d’un certain nombre de principes concernant la surveillance de ces infections, la transmission des micro-organismes, la construction et la salubrité du milieu hospitalier. Depuis 1979, le «Comité restreint d’experts du Conseil de l’Europe sur la prévention des infections hospitalières» a précisé certains points dont la définition de l’infection hospitalière: «L’infection contractée à l’hôpital peut s’entendre de toute maladie, due à des micro-organismes, cliniquement ou/et biologiquement reconnaissable, qui affecte soit le malade du fait de son admission à l’hôpital ou des soins qu’il a reçus, soit le personnel hospitalier, du fait de son activité, que les symptômes de la maladie apparaissent ou non pendant que l’intéressé se trouve à l’hôpital.» Les résultats des expériences pilotes menées dans les États membres ont permis la parution de la Recommandation (84) 20 du Conseil de l’Europe, le 25 octobre 1984. D’autre part des Comités de lutte contre l’infection ont été instaurés dans les hôpitaux des différents pays qui doivent limiter l’antibiothérapie aux cas nécessaires. La prévention de cette surinfection et l’amélioration des conditions d’hospitalisation, c’est-à-dire des conditions d’existence dans une situation écologique donnée, sont des soucis majeurs pour l’hygiéniste hospitalier, hygiéniste-conseil dans son hôpital, et bien des mesures qu’il préconise au sein de la collectivité hospitalière sont applicables à la cité ou à la région.

Plusieurs fléaux sont une rançon directe de la civilisation et de l’industrialisation: ce sont les accidents du travail, les accidents de la circulation et les accidents domestiques et les accidents dus aux produits chimiques ou ionisants. Les causes en sont multiples mais, bien souvent, il existe une inadaptation des sujets en contact avec des instruments sophistiqués, ou encore une immaturité ou une éducation insuffisante. Il est possible de réduire par l’éducation sanitaire et la médecine préventive les taux de mortalité importants attribuables à ces causes; la prévention des séquelles, qui grèvent lourdement un budget national, s’avère une opération rentable.

Depuis l’avènement de la conquête spatiale, il faut évaluer le risque de contamination d’autres planètes par les éléments apportés de la Terre, et réciproquement. La protection de la santé physique et mentale des astronautes, qui voyagent dans des conditions psychologiquement et matériellement inconfortables, est entreprise. Les hygiénistes ont concouru à la prévention contre les rayonnements ionisants cosmiques et au maintien des bonnes conditions physiques et morales de ces pionniers.

L’avenir nous réserve des problèmes encore inconnus qu’il faudra résoudre très rapidement, et il appartient à l’hygiéniste d’essayer de prévoir, par des études prospectives, tout ce qui pourrait nuire à la santé de l’homme. Le champ d’action qui s’ouvre à l’hygiène est immense, et son action doit s’exercer sur de multiples plans, mais seule l’éducation sanitaire permettra de promouvoir les mesures qu’elle préconise en fonction des causes décelées. Il faut lutter à armes égales contre les nuisances qui entourent l’homme et qui lui sont parfois imposées dans un but purement commercial et à l’encontre de son intérêt. L’information, la publicité, l’informatique doivent concourir à la prévention de la santé, en prenant garde de ne pas s’associer à des revendications publiques ou à des actes démagogiques ne permettant pas une action continue. Très souvent une législation sanitaire orientée vers la prévention – et non la répression – permettra à l’hygiéniste de mener à bien la lourde tâche qu’il a entreprise. Il doit contribuer à l’élaboration de ces lois qui permettent de limiter les problèmes sans les scléroser, autorisant la mise en place de tout un équipement médico-social dont le but est la prévention et le dépistage: des vaccinations, des examens cliniques et biologiques systématiques peuvent ainsi être pratiqués sans bourse délier. Une surveillance gratuite de la mère, du père, de l’enfant, de l’écolier, de l’étudiant, du travailleur, du sportif s’instaure; ainsi des affections, lourdes de conséquences pour la société par les journées de travail perdues et les séquelles physiques qu’elles occasionnent parfois, peuvent être dépistées précocement et donc traitées plus efficacement. Tous en bénéficient directement ou indirectement. Si les réalisations sont déjà très importantes, il ne faut pas oublier pour autant les grands problèmes qui se posent à nous avec de plus en plus d’acuité et sur lesquels, semble-t-il, devra surtout porter l’effort des hygiénistes dans un avenir prochain; la progression sociale des pays sous-développés, l’amélioration des hôpitaux, l’adaptation sociale des individus face à une technologie évoluant très vite, l’hygiène mentale sont parmi les plus aigus, mais il faut donner une place de choix à la lutte contre les diverses pollutions de notre planète contre lesquelles on devra adopter des solutions élaborées et non plus des mesures palliatives insuffisantes.

hygiène [ iʒjɛn ] n. f.
hygiaine 1575; gr. hugieinon « santé »
1Ensemble des principes et des pratiques tendant à préserver, à améliorer la santé. Règles, précautions d'hygiène. Désinfecter un lieu par mesure d'hygiène. Hygiène hospitalière. Avoir une bonne hygiène de vie, une bonne hygiène alimentaire : vivre, se nourrir sainement. « il se forçait à cet exercice, par hygiène » (Zola).
Hygiène mentale : ensemble de mesures destinées à conserver l'intégrité des fonctions psychiques. Dispensaire d'hygiène sociale. Hygiène publique : ensemble des moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour la sauvegarde et l'amélioration de la santé à l'intérieur d'un pays. ⇒ salubrité, santé. Mesures d'hygiène collective : assainissement, désinfection, prophylaxie.
Fig. « Il y a certainement une hygiène de société comme il y a une hygiène de lecture » (Léautaud).
2Ensemble des soins visant à la propreté du corps. Hygiène corporelle, dentaire. Hygiène intime. Rayon hygiène et beauté d'un magasin.

hygiène nom féminin (grec hugieinon, santé) Ensemble des principes, des pratiques individuelles ou collectives visant à la conservation de la santé, au fonctionnement normal de l'organisme : Avoir une bonne hygiène de vie. Hygiène alimentaire. Ensemble des soins apportés au corps pour le maintenir en état de propreté : Hygiène du cuir chevelu. Qualité de quelqu'un qui respecte les principes visant à conserver la santé et la propreté : N'avoir aucune hygiène. Ensemble des conditions sanitaires des lieux publics et des lieux de travail. ● hygiène (expressions) nom féminin (grec hugieinon, santé) Hygiène hospitalière, prévention des maladies à l'hôpital et dans les établissements de soins. Hygiène mentale, ensemble des moyens d'ordre éducatif, prophylactique ou psychothérapique mis en œuvre pour maintenir la santé mentale de la population et si possible prévenir l'apparition ou l'aggravation des troubles psychiques. Hygiène publique, ensemble des mesures de prévention et de lutte contre les maladies contagieuses.

hygiène
n. f. Branche du savoir qui traite des règles et des pratiques nécessaires pour conserver et améliorer la santé; ensemble de ces règles et de ces pratiques. Instruments d'hygiène. Hygiène du corps. Hygiène publique. Hygiène mentale.

⇒HYGIÈNE, subst. fém.
A. — Branche de la médecine qui traite de tout ce qu'il convient de faire pour préserver et pour améliorer la santé. Manuel, traité d'hygiène. Il est probable même que la longévité diminue, bien que la durée moyenne de la vie soit plus grande. Cette impuissance de l'hygiène et de la médecine est un fait étrange (CARREL, L'Homme, 1935, p. 212). Le père de Marcel Proust était professeur d'hygiène (THIBAUDET, Réflex. litt., 1936, p. 198).
Hygiène publique. ,,Partie de l'hygiène ayant pour objet la prévention des maladies contagieuses épidémiques`` (Méd. Biol. t. 2 1971). L'hygiène publique a inventé les crachoirs comme Dieu a inventé les femmes. La pureté n'exige pas la rétention, mais l'exutoire (H. BAZIN, Vipère, 1948, p. 247).
Hygiène sociale ,,L'hygiène sociale s'efforce de prévenir les maladies non contagieuses ou contagieuses, mais non épidémiques, qui en raison de leur durée ont un retentissement social important et à cause de cela sont dites maladies sociales`` (DEGUIRAL, Hyg. soc., 1953, p. 5). Il travaille bien Michou : aussi le voit-on premier en toute matière : arithmétique, dessin, hygiène sociale, calligraphie (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 224).
Hygiène individuelle. L'hygiène individuelle, fondée sur la physiologie, enseigne les préceptes dont l'observation est de nature à maintenir et à développer la santé (R. SAND, Méd. soc., Bruxelles, 1950, p. 7).
B. — P. méton.
1. a) Ensemble des mesures, des procédés et des techniques mis en œuvre pour préserver et pour améliorer la santé. Conseils, règles, précautions, soins d'hygiène; manquer d'hygiène. Il faut se secouer, aller faire une bonne promenade (...) car il ne faut pas commencer [à écrire] fatigué. Voilà mon hygiène, et je sors de ces crises habituellement avec succès ou du moins avec plaisir (SAND, Corresp., t. 5, 1864, p. 63). La saleté. Mauvaise hygiène de certains hôpitaux. Ceux qui n'ont pas la tuberculose l'attrapent à l'hôpital (BARRÈS, Cahiers, t. 9, 1911, p. 177) :
1. ... les agents d'immigration, majestueux portiers d'une Grande-Bretagne où les étrangers n'étaient admis que sur références et où les touristes anglais étaient heureux de se retrouver, après un séjour sur un continent sans hygiène ni moralité.
MORAND, Londres, 1933, p. 70.
Hygiène + adj. de relation indiquant le domaine concerné. Hygiène alimentaire, bucco-dentaire, sexuelle (cf. Méd. Biol., t. 2 1971).
b) En partic.
Hygiène corporelle ou, absol., hygiène. Ensemble des soins de propreté corporelle. Il avait d'incroyables scrupules de conscience et d'hygiène, un besoin constant de propreté morale et physique (A. FRANCE, Crainquebille, O. Dupont, 1904, p. 142). Des Cigales se lève en chantonnant, se lave promptement, l'hygiène n'est pas faite pour les poètes (QUENEAU, Loin Rueil, 1944, p. 28).
Hygiène féminine, intime.
Hygiène mentale. ,,Ensemble des mesures conçues sur le plan de la collectivité pour assurer le dépistage et le traitement des maladies mentales, organiser leur prophylaxie, assurer une meilleure adaptation des sujets à leur milieu et à leur travail`` (Méd. Biol. t. 2 1971) :
2. ... les inspections faites par les soins du Comité National d'Hygiène Mentale ont montré qu'au moins 400 000 enfants, élevés dans les écoles publiques, sont trop peu intelligents pour suivre utilement les classes.
CARREL, L'Homme, 1935, p. 184.
2. P. métaph. L'ascèse de la volonté, la discipline, une meilleure hygiène de l'âme (AMIEL, Journal, 1866, p. 165). Je me suis roulé depuis un mois dans Wilhelm Meister. Je ne connais rien de plus fort. Je lis ça dans une traduction (en attendant mieux) que tu pourrais aussi bien lire. Et les sonates de Beethoven, qui apprennent énormément. Voilà mes dernières hygiènes (GIDE, Corresp. [avec Valéry], 1892, p. 173) :
3. Et c'est en somme une façon comme une autre de résoudre le problème de l'existence, qu'approcher suffisamment les choses et les personnes qui nous ont paru de loin belles et mystérieuses, pour nous rendre compte qu'elles sont sans mystère et sans beauté; c'est une des hygiènes entre lesquelles on peut opter, une hygiène qui n'est peut-être pas très recommandable, mais elle nous donne un certain calme pour passer la vie, et aussi — comme elle permet de ne rien regretter, en nous persuadant que nous avons atteint le meilleur, et que le meilleur n'était pas grand'chose — pour nous résigner à la mort.
PROUST, J. filles en fleurs, 1918, p. 948.
REM. Hygiéno-diététique, adj. Qui a rapport à la fois à l'hygiène et à la diététique. Enfin les préparations arsenicales (...) sont utiles pour soutenir l'état général, ainsi que toutes les prescriptions hygiéno-diététiques (LAEDERICH ds Nouv. Traité Méd., fasc. 4, 1925, p. 443). Les règles de la cure hygiéno-diététique ont été instaurées en Allemagne dans la deuxième moitié du XIXe siècle par Brehmer et Detweiller (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p. 116). Le traitement des péritonites tuberculeuses est un peu superposable à celui des pleurésies séro-fibrineuses tuberculeuses. Le repos et la cure hygiéno-diététique sont indispensables (QUILLET Méd. 1965, p. 159).
Prononc. et Orth. : []. Att. ds Ac. dep. 1762. Étymol. et Hist. 1575 Hygiaine ou Diaitetique (PARÉ, Introduction à la Chirurgie, chap. III ds Œuvres, éd. J.-F. Malgaigne, t. 1, p. 31); 1808 hygienne morale (CABANIS, Rapp. phys. et mor., t. 2, p. 369); 1833, 12 nov. hygiène publique (Circulaire de Thiers, ministre du Commerce et des Travaux publics, in J. ROCHARD, Encyclopédie d'hygiène, VIII, 592 ds QUEM. DDL t. 8). Empr. au gr. « la santé », neutre subst. de l'adj. « qui contribue à la santé; qui concerne la santé », lui-même dér. de « sain, bien portant ». Fréq. abs. littér. : 423. Fréq. rel. littér. : XIXe s. : a) 149, b) 635; XXe s. : a) 650, b) 940.
DÉR. Hygiéniste, subst. Spécialiste en matière d'hygiène. La santé des pauvres est ce qu'elle peut être, disaient les hygiénistes; mais celle des riches laisse à désirer (A. FRANCE, Île ping., 1908, p. 405). La prémunition contre la tuberculose au moyen du vaccin de Calmette et Guérin retient chaque jour davantage l'attention des hygiénistes et des médecins (Ce que la Fr. a apporté à la méd., 1946, p. 52). []. Att. ds Ac. 1935. 1re attest. 1830, 12 mai (BALZAC, Œuvres div., t. 1, p. 444); de hygiène, suff. -iste. Fréq. abs. littér. : 23.

hygiène [iʒjɛn] n. f.
ÉTYM. 1575, Paré, hygiaine; grec hugieinon « santé », de hugiês « sain, bien portant ».
1 Partie de la médecine qui traite des mesures propres à conserver et à améliorer la santé.Par ext. Ensemble des principes et des pratiques relatifs à cette fin. || L'hygiène tend à prévenir les maladies, alors que la thérapeutique les soigne. || Les découvertes de Pasteur relatives à l'antisepsie (cit.) et à l'asepsie ont transformé l'hygiène en une science véritable (→ 1. Général, cit. 22). || L'oubli des règles élémentaires de l'hygiène favorise la propagation des épidémies (→ Abrutissement, cit. 3). || Pratiques, prescriptions d'hygiène. || Articles, instruments, soins d'hygiène. || Leçon, manuel, traité d'hygiène. || Avoir une bonne hygiène de vie.
1 La seule partie utile de la médecine est l'hygiène (…) encore l'hygiène est-elle moins une science qu'une vertu.
Rousseau, Émile, I, p. 31.
2 (…) il faut posséder à fond tous les principes d'hygiène, pour diriger, critiquer la construction des bâtiments, le régime des animaux, l'alimentation des domestiques !
Flaubert, Mme Bovary, I, VIII.
2.1 Ils se mirent à pratiquer, l'un avec espoir, l'autre par défi, Bouvard étant convaincu qu'il ne serait jamais un dévot. Un mois durant, il suivit régulièrement tous les offices, mais, à l'encontre de Pécuchet, ne voulut pas s'astreindre au maigre.
Était-ce une mesure d'hygiène ? on sait ce que vaut l'Hygiène ! une affaire de convenance ? à bas les convenances ! une marque de soumission envers l'Église ? il s'en fichait également ! bref, déclarait cette règle absurde, pharisaïque, et contraire à l'esprit de l'Évangile.
Flaubert, Bouvard et Pécuchet, Folio, p. 328.
3 Quoique l'hygiène moderne ait beaucoup allongé la durée moyenne de la vie, elle est loin d'avoir supprimé les maladies. Elle s'est contentée de changer leur nature.
Alexis Carrel, l'Homme, cet inconnu, III, XV, p. 135.
4 Louis Pasteur n'a été ni médecin, ni chirurgien, mais nul n'a fait pour la médecine, la chirurgie et pour l'hygiène des foules ou des troupeaux, autant que lui.
Henri Mondor, Pasteur, I, p. 13.
5 C'est ainsi que ces hommes en vinrent à négliger de plus en plus souvent les règles d'hygiène qu'ils avaient codifiées, à oublier quelques-unes des nombreuses désinfections qu'ils devaient pratiquer sur eux-mêmes (…)
Camus, la Peste, IV, p. 212.
L'hygiène dans ses applications. || Avoir grand souci de l'hygiène. || Personne qui néglige l'hygiène. || Hygiène individuelle, privée. || Hygiène corporelle : ensemble des soins du corps, et, spécialt, fait de se laver fréquemment Baigner (se), bain, douche, laver (se); propreté; soin (du corps). || Hygiène du cuir chevelu, de la peau. || Hygiène locale. || Hygiène intime (euphémisme) : hygiène des parties génitales, notamment de la femme ( Hygiénique, 3., b).(XXe). || Hygiène alimentaire ( Diététique; régime), vestimentaire. || Hygiène sexuelle, du comportement sexuel. || Il affirme faire l'amour par hygiène. || L'hygiène domestique (→ Froid, cit. 12). || L'hygiène de l'habitat (aération, exposition…).
6 Il n'avait que le souffle et il atteignit la vieillesse par des prodiges de soin et de sobre hygiène.
Renan, Souvenirs d'enfance…, IV, II.
7 Chaque dimanche, l'abbé Godard faisait donc à pied les trois kilomètres qui séparaient Bazoches-le-Doyen de Rogne. Gros et court, la nuque rouge, le cou si enflé que la tête s'en trouvait rejetée en arrière, il se forçait à cet exercice, par hygiène.
Zola, la Terre, I, 4.
8 On ne saurait trop insister sur l'hygiène sévère à la fois préventive et curative qui s'impose à la puberté.
A. Binet, Vie sexuelle de la femme, p. 76.
Cour. Hygiène corporelle et de la vie physique; spécialt, pratique de la propreté corporelle, fait de se laver fréquemment. || Le développement de l'hygiène au XIXe siècle. || Avoir beaucoup, peu d'hygiène (→ Corset, cit. 2). || Son hygiène est assez sommaire. || Il n'a aucune hygiène. || Manquer d'hygiène. || Hygiène défectueuse, sommaire; rigoureuse. || Se baigner, prendre sa douche par hygiène, par souci d'hygiène.
Par anal. || L'hygiène d'une maison, d'un hôpital. Propreté, salubrité.
(1833). || Hygiène publique : ensemble des moyens mis en œuvre par les pouvoirs publics pour la sauvegarde et l'amélioration de la santé à l'intérieur d'un pays. || La législation et l'organisation de l'hygiène publique ( Salubrité, santé).(Autres syntagmes). || Dispensaire d'hygiène préventive. || Hygiène rurale, urbaine, scolaire. || Mesures, opérations d'hygiène collective. Assainissement (cit. 1), désinfection, prophylaxie.
2 (1808, hygiène morale). || Hygiène mentale : ensemble de mesures qui sont destinées à conserver l'intégrité des fonctions psychiques et à les développer.
3 Par métaphore ou figuré :
9 (…) l'opium n'est pas encore devenu pour lui une hygiène quotidienne.
Baudelaire, les Paradis artificiels, Un mangeur d'opium, IV.
Figuré :
10 (…) le spectacle, le voisinage, la fréquentation d'un homme actif, alerte, d'humeur vive, un peu chaude, vous donne du cœur et de l'esprit au travail. Il y a certainement une hygiène de société comme il y a une hygiène de lecture,—ces livres qu'il faut bien se garder de lire, si admirables qu'ils soient ou qu'on dise qu'ils soient.
Paul Léautaud, Journal littéraire, 4 janv. 1904.
DÉR. Hygiénique, hygiénisme, hygiéniste.
COMP. Hygiéno-diététique.

Encyclopédie Universelle. 2012.